A comme amazonite

Pour débuter notre voyage au pays des gemmes, je vous propose de partir à la découverte de l’amazonite. Pierre désormais peu utilisée  dans la joaillerie (et quasi absente en haute joaillerie), son usage remonte cependant remonte à plusieurs milliers d’années et la couleur bleu-vert de ses plus beaux spécimen ne pourra vous laisser indifférent !

La minute de gemmologie : un feldspath vert Bleu

L'amazonite est une variété de microline, minéral appartenant à la famille des feldspaths. C’est une pierre de type ornementale, translucide à opaque, dont la couleur varie du vert ou bleu-vert. Du fait de sa faible dureté et de son clivage parfait, elle est assez fragile.

 

Pendant longtemps, l'origine de sa couleur était incertaine. On la croyait due au cuivre car les composés de cuivre (comme la turquoise par exemple) ont souvent une couleur bleue et/ou verte. Aujourd’hui, l’hypothèse retenue veut que sa couleur lui soit conférée par des petites quantités de plomb et d'eau.

 

Minéral désormais peu connu et peu utilisé en joaillerie, son histoire est riche et remonte aux origines de notre civilisation.

Couleur vert à bleu-vert
Éclat   vitreux à nacré
Transparence translucide à opaque
Système cristallin triclinique
Dureté 6 -6,5
Indice de réfraction  

Localité : Pikes Peak, El Paso County, Colorado, États-Unis

© Rob Lavinsky, iRocks.com – CC-BY-SA-3.0


Raconte moi une histoire : fleuve amazone OU Pierres DES amazones ?

Il existe deux hypothèses expliquant l'origine du nom donné à cette pierre. Si Nicolas Venette y fait déjà allusion en 1701 dans son Traité des pierres, puis Antoine-Joseph Dézallier d'Argenville en 1755 dans son histoire naturelle, le nom d'amazonite n'a été formellement attribué à cette pierre qu'en 1847 par Breithaupt. 

L'amazonite tirerait son nom du fleuve, auprès duquel on aurait découvert ses premiers échantillons. Pourtant, on sait désormais qu'aucun gisement n'a été découvert à cet endroit. 

 

Une autre légende veut que ce nom dérive des Amazones, peuple de femmes guerrières. À la recherche de cette pierre lors de son voyage en Amazonie, Humboldt, naturaliste, géographe et explorateur allemand, pense que la source de la matière première ne provient pas d'Amazonie, mais d'un peuple de femmes guerrières et que ces pierres ont été échangées il y a longtemps, puis retravaillées plus tardivement. Il rapporte les faits suivants (1859) :

 

« Nous avons trouvé chez les Indiens vivant sur le Rio Negro quelques-unes des pierres vertes connues sous le nom de pierres des Amazones, parce que les Indiens prétendent que, selon une vieille légende, elles proviennent de la terre des « femmes sans hommes »  (cougnantain secouima ou des femmes Aikeambenano qui vivent seules). À l'ouest des rapides d'Onapoc, ce minéral est présent. La superstition accorde une grande importance à ces pierres ; on les porte comme amulettes autour du cou, car, selon la croyance populaire, elles protègent des troubles nerveux, de la fièvre et des morsures de serpents venimeux. C'est pourquoi ce sont depuis de siècles des biens commerciaux chez les indigènes au nord et au sud de l'Orénoque. Elles ont été introduites en Guyane en passant par les Caraibes et comme ces mêmes pierres, égales à la monnaie en circulation, ont évolué dans des directions opposées d'une nation à l'autre, il est possible qu'elles ne sont pas plus répandues et que leur gisement ne soit pas caché mais tout simplement qu'on n'en connaisse plus la provenance... En général, on leur donne la forme d'un cylindre percé dans la longueur et recouvert d'inscriptions et d'images perses. Mais ce ne sont ni les Indiens d'aujourd'hui, ni ces indigènes habitant les profondeur de l'Orénoque et de l'Amazonie qui ont percé ces corps si durs et taillé des figures d'animaux et de fruits. Cet artisanat renvoient à une culture antérieure. »

L'amazonite dans les bijoux : de ur à nos jours

La plus ancienne évidence jusqu'à maintenant retrouvée de cette pierre remonte à l'époque sumérienne. Des perles en amazonite ont été retrouvées dans les tombes royales d'Ur en Mésopotamie (-3800 avec J.C.).

 

Un peu plus tardivement, on voit également de nombreux sceaux réalisés avec ce matériau comme en témoignent la vidéo et la photo ci-dessous. Il s'agit d'un sceau de forme cylindre en amazonite frappé du nom du roi Karaindash. On peut y voir deux personnages portant une robe encadrant huit lignes de texte en cunéiforme :

 

1) Déesse Shazu avec le voile lourd,

(2) lorsque vous parlez des dominations totales des puissances du ciel et de la terre

(3) que cela soit écrit

(4) la totalité - la terre

(5) la montagne, la chaîne de montagnes, tout cela

(6) laissez cette domination être exercée (par vous)

(7) celui qui vénère sa déesse

 

(8) Karaindash

 


 

Il est probable que ces pierres provenaient de sources plus distantes au Cachemire ou dans les Monts Oural mais s'il ne faut pas exclure qu'il ait pu exister un gisement plus proche à cette époque.

 

Les Égyptiens en ont également fait un usage extensif sous forme d'amulette ou bien encore en bijou. On en a trouvé différents exemples, notamment dans la tombe de Toutankhamon. Voici par exemple un pectoral retrouvé sur la momie du jeune pharaon ainsi qu'un énorme pendentif en forme de scarabée retrouvé dans la tombe d'un des rois tanites.

 


 

Après l'époque romaine où son usage est également attesté, on n'en retrouve plus mention dans les travaux des minéralogistes jusqu'au milieu du 18ème.

À titre d'exemples plus récents, on peut citer un collier en perles art déco de Cartier, datant de 1925 ou bien de jolis modèles de bracelet ou bague chez Christies.

 


conseils d'achat et d'entretien

sdssd

pour en savoir plus

Humboldt, A. v., 1859, Reise in die Aequinoctial-Gegenden des neuen Continents, Hermann Hauff, Stuttgart, Volume III, 394-396

Ostrooumov, M., 2016, Amazonite: Mineralogy, Crystal Chemistry, and Typomorphism, Elsevier, 200-201

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